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Qi Gong, l’art de désentraver les corps selon Tchouang Tseu

Qi Gong et corps

Quelques réflexions inspirées par la lecture récente d’un beau livre de Romain Graziani, « Les Corps dans le taoïsme ancien », mis en résonance avec quelques autres ouvrages qui « nourrissent » ma pratique de Qi Gong…

Graziani nous rappelle que le Tchouang Tseu, un des classiques du taoïsme datant du 4ème siècle avant notre ère, a été écrit dans une société qui imposait au corps des pratiques extrêmement contraignantes !

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Le corps façonné versus le corps spontané

Le corps était en effet soumis à tout un ensemble de rituels, de codes (et même de musiques !) qui régissaient le moindre mouvement, la moindre interaction sociale et familiale.

Le corps était façonné par une étiquette qui interdisait toute spontanéité : postures, attitudes, gestuelles, manières de se vêtir, cadence des pas, expressions du visage étaient rigoureusement répertoriées, classées, réglementées, dans un espace géographique, administratif et social soigneusement organisé, quadrillé en unités territoriales, où les déplacements étaient très contrôlés.

La moindre incartade était d’ailleurs condamnée par un marquage infamant du corps : tatouage, voire amputation !

C’est dans ce contexte d’emprise extrême du politique sur le corps que le Tchouang Tseu fait l’apologie d’un corps spontané, délié.

L’invitation des taoïstes à « vivre vaste » peut être interprétée, selon Grazziani, comme une entreprise subversive de dépolitisation de l’espace, de libération du corps.

Le style même du Tchouang Tseu est tumultueux, débordant, plein d’humour !
On y voit des torrents, des abîmes, des précipices… et des personnages tordus, difformes, en loques, qui traduisent la résistance à l’enfermement des corps.

Tous les commentateurs du Tchouang Tseu soulignent la fréquente utilisation du mot YEOU, qui signifie vagabonder, divaguer, déambuler : il s’agit bien d’échapper à la territorialisation, à l’immatriculation, à la codification !

Le corps « machine » qu’il faut optimiser

Dans son ouvrage, Graziani fait une analogie entre l’extrême soumission du corps dans la Chine de cette époque, avec ce qu’il appelle l’entreprise contemporaine de « fabrique du corps olympique » : c’est-à-dire la frénésie des exercices sportifs qui décomposent, domptent, comptent, dressent, maîtrisent, façonnent et sculptent…

Autre mode de sujétion, autre forme d’emprise, celle-ci économique : le corps comme machine dont il faudrait optimiser le fonctionnement !

De même, il me semble que l’engouement actuel pour la recherche du bonheur relève d’une soumission à cette exigence de production, d’efficacité, de performance…
Il n’est que de constater l’invasion des vitrines des librairies par une multitude d’ouvrages sur ce thème, tandis que la méditation semble elle aussi devenir un objet de consommation.
Le bonheur deviendrait un objectif à atteindre…

Or, nous dit Jullien dans « Nourrir sa vie », sous titré d’ailleurs – ou plutôt complété – par la mention « A l’écart du bonheur », la pensée du bonheur relève d’un phénomène de fixation sur une finalité ultime désignée comme idéale, alors même que la sagesse chinoise nous invite à rompre cette disjonction bonheur / malheur pour entrer dans la pensée du processus.

Le corps « humain » et le corps « céleste »

A l’opposé de l’aspiration au bonheur, nourrir sa vie consiste plutôt à « être en forme », c’est-à-dire à se maintenir alerte et évolutif par un processus de désenlisement, de désentravement qui permet le flux incessant d’échanges dynamiques entre polarités YIN YANG opposées, indissociables et complémentaires.

Il s’agit alors dans notre vie quotidienne, de retrouver une juste articulation entre les deux régimes d’activité (voir Jean-Francois Billeter dans « Leçons sur Tchouang Tseu ») : le régime d’activité dit « humain », volontaire, intentionnel, qui nous amène, dans notre quotidien trépidant, à réaliser des projets, à définir des objectifs, à maîtriser leur mise en œuvre dans un temps linéaire ; et le régime d’activité dit « céleste », « nécessaire », spontané, affranchi de toute finalité, qui nous engage au non-agir, à « flotter » dans le courant :

« Contente-toi de n’intervenir en rien et les choses se transformeront d’elles mêmes. Abandonne ton corps et tes membres, écarte ton ouïe et ta vue, laisse-toi sombrer en oubliant tout, fonds-toi dans l’indistinct. Détache-toi de toute intention, laisse aller ton esprit, reste là tout effaré et toutes les choses retourneront à leur fond, elles le feront sans que tu t’en aperçoives »,

conseille Grand Caché au Général Nuage, qui lui demande conseil, avide d’action utile et efficace !

Et la pratique du Qi Gong pour le corps dans tout ça ?

Il me semble important, comme le rappelle souvent Walter Peretti, enseignant en Qi Gong et en arts martiaux avec qui je travaille depuis plusieurs années, de pratiquer sans objectif, sans vouloir absolument guérir tel ou tel organe ou traiter tel ou tel problème, se désengager de l’idée même d’objectif…

Humilité et modestie, patience : le Qi Gong nous invite à ouvrir, entre ciel et terre, un espace de silence, de vide, d’attention, de réceptivité, d’observation, qui permet de nous mettre en état de connivence au monde, de présence intense au réel…

Retrouver du « ciel en soi », pratiquer pour le plaisir, travailler et explorer, certes, mais sans s’imposer de rituels et de modèles prêt-à-penser qui brident et enferment.

Faire confiance aux transformations silencieuses qui s’opèrent, accueillir, sans rien figer ni précipiter, sans forcer.

Et progressivement s’alléger, se désentraver, rétablir du passage, du jeu dans les articulations, s’affranchir des adhérences, des obstructions dans le corps / cœur / esprit pour retrouver le flux de la vitalité.

Flotter, mais sans tanguer ni dériver : le ressort de l’action juste découlera de cette conjugaison de détente et d’implication intense.

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